In Analyse, En passant, Humeur

De récentes photographies de Martin Parr, consacrées à la plage, sont exposées dans les vitrines du Bon Marché.
Doit-on s’en étonner? Non. Il s’agit d’un choix de pur marketing qui s’est fait en ces termes:
– le public qui fréquente le Bon Marché connaît Martin Parr et se sent donc reconnu dans sa culture,
– le public qui fréquente le Bon Marché est plus beau que les personnes photographiées par Martin Parr, il se sent donc valorisé,
– le public qui fréquente le Bon Marché se sent plus intelligent et plus cool du fait d’être associé à un artiste qui manie l’humour britannique.
Le choix qu’a fait le Bon Marché d’exposer Martin Parr n’est donc dicté ni par l’audace ni par l’amour de l’art, seulement par la volonté de flatter sa clientèle.
Cela fait certes des siècles qu’on utilise l’art à toutes sortes de fin. Le problème, ici, c’est que les photographies de Martin Parr se prêtent tellement bien à ce genre de jeu qu’elles finissent par s’y réduire.
Quel ennui.

bache-parr

(Cette article, je l’admets, est déjà très en retard puisque cela fait plus de six mois que l’artiste est associé à la campagne publicitaire du Bon Marché).
Anne Malherbe
Historienne de l'art, critique d'art, commissaire d'expositions.
Showing 5 comments
  • Florence
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    Ahhh, le Bon Marché … Le seul endroit commercial où un vigile s’est approché de moi pour m’interdire discrètement mais fermement de photographier un élément de décor que je trouvais magnifique.
    Ils peuvent faire quelques études sur « l’expérience client » mais là, c’était raté et tellement prétentieux.

    Les photos de Martin Parr ne me touchent pas. Elles me mettent presque mal à l’aise pour une raison que tu décris parfaitement dans ton article.

    • Anne Malherbe
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      Oui, c’est vrai qu’elles donnent un vague sentiment de malaise, lié à la légère — et néanmoins présente — condescendance qu’elles dégagent…

  • Odile
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    Merci pour cette analyse.

  • de Ferron
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    Merci d’avoir  » le courage de l’écrire « , de le mettre en évidence,ce phénomène de société ,plutôt  » de groupes » comme le Bon Marché,Vuitton ,Leclerc,Cartier,Ricard.Ils détournent l’art à leur profit pour le meilleur et pour le pire et pour leur image , des artistes au service des services marketing de ces grands groupes … Certains mécènes esthètes ont demandés seulement une plaque sur le mur du musée, mais ne voulaient pas faire le métier des autres , des galeristes , des musées . Petite révolution en vue ? Vont -ils manger tous les petits ?

  • alexandre
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    « La laideur se vend mal » Raymond Loewy
    Le « design » dans un environnement commercial ayant pour objectif de stimuler l’acte d’achat, ne pourrait-on qualifier les images de MP comme du « design graphique » ?

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