In Humeur

Depuis mardi, le milieu de l’art s’émeut (sur un registre qui va de la déploration à l’ironie) parce qu’une chaîne à forte audience a produit « A vos pinceaux », où des artistes du dimanche rivalisent sur la question de savoir qui a peint le bateau le plus beau. On pleure de ce que la télévision ne montrerait de l’art que des sous-produits. Autant d’émotion ne laisse de me surprendre. 
L’art contemporain est élitiste. Qui peut feindre encore de l’ignorer ? Il évolue entre quatre murs ripolinés de blanc, se drape dans des discours pompeux ou compliqués, et s’exhibe dans des foires exclusivement fréquentées par des personnes munies de badges VIP. Qu’irait-il faire à la télé ? 
Que ceux qui souhaitent que l’art contemporain reste réservé aux happy few se réjouissent : au moins, la télévision ne s’en occupera pas.
Mais à ceux qui aimeraient que l’art contemporain s’ouvre davantage au public et vice versa (et il serait temps que cela se produise, vu que la culture hors-sol finit par être insipide et que la conjoncture économique ne soutient guère le système), je propose ceci : pourquoi des artistes déjà intronisés par le milieu de l’art ne se prêteraient-ils pas à un concours où le jury serait constitué par le public lui-même ? Combien d’artistes reconnus accepteraient de se prêter au jeu ? L’art contemporain est à peu près le seul domaine qui ne se frotte jamais directement au jugement du public. L’atterrissage ne serait probablement pas indolore. Mais au moins cela remettrait un peu de sang neuf dans le débat. 

Anne Malherbe
Historienne de l'art, critique d'art, commissaire d'expositions.
Comments
  • Johann
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    L’ art est un plat qui se mange froid, comme la vengeance. Seule l’ évolution imprévisible du goût pourra par la suite affirmer le génie.
    évidemment, l’ artiste ou soi-disant tel peut encore bénéficier de l’ approbation des snobs pour qui tout ce qui n’ est pas conforme entre dans le domaine de l’art. Le comportement du snob est assez limpide d’ ailleurs. Stérile, il ne peut affirmer sa singularité qu’ en paraissant participer à ce qui est singulier. Il se revêt de la singularité des autres et fait semblant de la comprendre et de l’ apprécier Il fait ainsi partie d’une élite avertie , au milieu de la cohue vulgaire et homogénéisante. Si enfin , de l’ accouplement du non conformiste et du snob, un système marchand peut nâitre, la réussite sociale, heureusement temporaire , l’inscription de l’ artiste ou prétendu tel dans l’ échelle consommatrice et hiérarchique peuvent se rencontrer … sous les lumières de Mr Henri Laborit … Johann

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